Mauriac
Gérard Charbonnel
15100 Mauriac
(Cantal)
Sous-préfecture du Cantal en pays d'élevage, Mauriac est situé à la limite des monts du Cantal, sur une très ancienne voie de passage qui la contournait. La petite ville regroupant ses maisons de lave noire au-dessus d'un vallon, demeure un important marché agricole. Au temps du cheval de trait et du mulet, tout le canton attendait la grande foire du 8 juin, principal événement des beaux jours avant la fête aoûtienne des " pagis " ( paysans ). Les ruraux venus de loin gravissaient la colline herbue du Puy Saint-Mary, mamelon panoramique où les grands marchandages se déroulaient près de la chapelle dédiée à Marius ( ou Mary ), ce saint local, disciple d'Austremoine qui aurait évangélisé une partie de l'Auvergne vers la fin du IIIè siècle. La multiplication des tracteurs a eu pour effet la banalisation des foires et marchés, mais Mauriac mérite toujours le " label vert " et n'a pas trop changé de physionomie.
Les érudits ne remontent, prudemment, qu'au IXè siècle, au cours duquel ils pensent qu'un petit monastère fut fondé par les religieux de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, une importante abbaye souhaitant mieux surveiller les biens qu'elle possédait dans cette région écartée.
Selon la légende, Théodéchilde, pieuse fille de Clovis, aurait établi sa résidence dans ce pays au tout début du VIè siècle, les Mérovingiens régnant jusqu'aux Pyrénées depuis la victoire de Vouillé. Se promenant sur ses terres, elle aperçut au loin une clarté surnaturelle. Fouillant les bois, ses gens y trouvèrent bientôt une effigie de la Vierge gardée par une lionne. Théodéchilde fit bâtir une chapelle, qui devint lieu de pèlerinage et de miracles, d'où le nom de Notre-Dame-des-Miracles.
Mauriac fut troublé par les dissensions opposant le prieuré à à la maison mère de Sens, par les guerres de Religion ( les Huguenots trucidèrent le chambrier du monastère et saccagèrent la ville ); par la Révolution, au cours de la quelle fut détruite l'église du couvent et abattu le clocher qui surgissait au transept de Notre-Dame-des-Miracles. Au milieu du XVIè siècle, une dizaine d'années seulement après la fondation de l'ordre, Mauriac put s'enorgueillir d'un collège de Jésuites; originaire de Bort-les-Orgues, Jean-François Marmontel, le futur ami de Voltaire, fit ses études dans cet établissement.
Trônant sur la place Georges Pompidou, le plus grand édifice roman de la haute-Auvergne a visiblement été construit en deux temps. Probablement à la fin du XIè siècle pour le transept et le chœur. Notre-Dame-des-Miracles se singularise par sa structure : pas de tribune et de demi-berceau de renforcement aux bas-côtés; un éclairage direct de la nef centrale, couverte d'un berceau brisé écourtant moins les murs latéraux qu'une voûte en plein cintre. D'un type courant dans la région avec ses absides basses et ses absidioles encore plus basses, l'édifice compte un clocher central d'une rigidité sans grâce. Très sobre, l'église se pare d'un portail bijou à l'ouest, cinq rangs d'harmonieuses voussures cadrant un magnifique tympan. Au flanc sud de Notre-Dame, se voit une lanterne des morts du XIVè siècle, provenant de l'ancien cimetière.
A l'intérieur, la nef à deux étages ( hautes arcades étroites surmontées de petites baies ) apparaît d'une élégante rudesse avec ses piliers à colonnes engagées dont les chapiteaux sont nus. Au transept, au contraire, les chapiteaux sont historiés avec fantaisie. Austère, le chœur est escorté de chapelles latérales avec lesquelles il communique par d'étroits passages. Au fond, se dresse la statue de Notre-Dame-des-Miracles, Vierge à l'Oiseau polychrome ( XVIè siècle ), en noyer, tenant l'Enfant dans ses bras. Dans la première travée du bas-côté sud se trouve une grande cuve baptismale romane, discrètement décorée. A proximité sont exposés les " fers sarrasins ", qui auraient enchaînés deux Auvergnats faits prisonniers par les Maures en Espagne et miraculeusement délivrés par la Vierge des Miracles ( ils se retrouvèrent au pays sans savoir comment, toujours entravés ).
Une courte promenade dans la ville permet de découvrir quelques maisons anciennes et l'hôtel d'Orcet ( XVIè siècle ), ancienne sous-préfecture. Un obélisque fut érigé pour remercier l'intendant Monthyon, qui ouvrit au XVIIIè siècle, un " atelier de charité " accueillant mendiants et nécessiteux. Aux alentours, par le hameau des Vaisses, se gagne le puy Saint-Mary, d'où se découvre un ample panorama.
Gérard Charbonnel - www.zest-auvergne.com
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